LITTERATTURE D'IMMIGRATION

ECRIS

La grandeur d’une Autres corpus, autres visions

Nous avons choisi ici et à titre d’exemple les écrivains les plus

représentatifs de ces nouvelles écritures de soi, qui sont autant de questionnements identitaires induits par les littératures d’immigration ici traitées. Il s’en dégage, par ailleurs, une vision assez pessimiste du statut de l’immigré africain en France, qui apparaît finalement comme étant rejeté de toutes parts. Seuls les personnages féminins semblent pouvoir en tirer parti, en termes d’éducation, par exemple, chose à laquelle elles ont rarement accès dans leur pays d’origine.
Il est cependant un autre ouvrage récent qui traite du statut de la femme immigrée africaine en France et qui a beaucoup dérangé les consciences : il s’agit de Des Fourmis dans la bouche33, de Khadi Hane, où l’héroïne, prénommée Khadidja Cissé, mère isolée de cinq enfants, vit avec eux dans un appartement délabré du quartier de Château-Rouge à Paris, et dont la seule préoccupation est de pouvoir assurer la subsistance de sa progéniture. Sa vie, en marge de sa communauté d’origine dont elle est tout simplement rejetée pour avoir eu un dernier enfant avec un homme blanc marié qui n’est autre que le propriétaire du logement insalubre qu’elle occupe, est rythmée par les visites de l’assistante sociale qui menace de placer ses enfants dans des familles d’accueil et les moqueries de ses voisines de palier. Khadidja appartient à cet univers des invisibles, sans patrie et sans famille réelle https://sildentadal.com/generique-cialis-prix/. Véritable roman sur la condition féminine en contexte d’immigration, Des Fourmis dans la bouche nous invite dans une atmosphère extrême, où l’héroïne, de par ses choix ou bien simplement parce qu’elle n’avait pas le choix, ne se reconnaît aucune appartenance à quelque communauté que ce soit dans un pays où elle n’existe pas. Accusée régulièrement d’avoir quelque peu forcé le trait sur les réalités qu’elle dépeint, Khadi Hane justifie du fait qu’il existe en France beaucoup de femmes immigrées qui, à défaut d’avoir suivi leur conjoint, sont venues d’elles-mêmes pour faire des études ou tout simplement pour fuir la misère du pays d’origine. Elles vivent dans la misère la plus absolue et chaque jour devient un combat pour la survie. Nous aurions pu poursuivre d’autres analyses de cas aux travers des œuvres de Daniel Biyaoula, Bolya ou encore Bessora. Mais cet aspect exhaustif est l’objet d’ouvrages déjà consacrés à la question, à l’instar des travaux d’Odile Cazenave déjà évoqués plus haut. Ce que l’on peut d’ores et déjà retenir, c’est la dualité du processus, tant dans la vie des personnages que dans celle de leur démiurge. Nous reprendrons à ce titre l’analyse faite par Papa Samba Diop : “Écriture de l’écart, celle des migrants traduit une vie double, conjointement emplie du souvenir du pays réel et des réalités nouvelles du lieu d’accueil34.” Ce désengagement simultané de la culture d’origine et de la culture d’accueil conduit inévitablement à l’évolution de l’écrivain de la “migritude” dans un espace-tiers qui devient espace de création littéraire. Pour avoir interrogé certains d’entre eux sur leur posture d’écrivain immigré ou bien de descendant d’immigrés, nous sommes à peu près sûrs d’y avoir perçu cette conscience d’être pleinement au monde un écrivain de la diaspora et aspirant par là même à une certaine forme d’universalité dans leurs écrits.

 

Nous avons choisi ici et à titre d’exemple les écrivains les plus représentatifs de ces nouvelles écritures de soi, qui sont autant de questionnements identitaires induits par les littératures d’immigration ici traitées. Il s’en dégage, par ailleurs, une vision assez pessimiste du statut de l’immigré africain en France, qui apparaît finalement comme étant rejeté de toutes parts. Seuls les personnages féminins semblent pouvoir en tirer parti, en termes d’éducation, par exemple, chose à laquelle elles ont rarement accès dans leur pays d’origine.

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